La prise de médicaments : une habitude à haut risque.

seniors et médicaments

Partout en Europe, l’espérance de vie augmente. En effet, lors de ces cinquante dernières années, l’espérance de vie a augmenté de dix ans et on assiste à un vieillissement de la population. Avec l’âge, le risque de maladies augmente et, depuis les années 90, les personnes âgées ont doublé leur consommation de médicaments. Pourtant, la prise de cachets n’est pas anodine et les conséquences pour les patients s’avèrent parfois néfastes notamment lors d’association. Pourquoi la surmédication est-elle problématique ? Quels sont les risques qu’implique ce rapport de proximité avec les médicaments ? Comment résoudre ce problème ? Zoom sur ce nouveau phénomène de société.

D’un extrême à l’autre

De nos jours, l’accès aux soins médicaux reste très inégalitaire d’un pays à l’autre. Si certains survivent dans la misère la plus totale, d’autres comme la France jouissent d’un accès simplifié aux médicaments, grâce au système médical. On constate que, chez les personnes âgées de plus de 80 ans, plus de 90% font usage de 10 comprimés voire davantage par jour pour 3 à 5 molécules différentes, selon les résultats d’une analyse quantitative et qualitative des médicaments remboursés en 2011 par l’Assurance-maladie. A ce rythme, il se pourrait que les médicaments aient, au-delà des effets indésirables, des effets dangereux comme en atteste le Professeur Olivier Saint Jean, chef de service gériatrie à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris :

« Au-delà de trois ou quatre molécules prises ensemble, on ne connait plus trop leur métabolisme, c’est-à-dire leur façon de réagir. »

A cette méconnaissance s’ajoute un constat alarmant sur lequel le Pr Claude Jeandel, gériatre au CHU de Montpellier, témoigne :

«  La iatrogénie médicamenteuse est responsable de 15 à 20% des hospitalisations des personnes âgées de plus de 75 ans. »

En effet, la iatrogénie médicamenteuse désigne les effets indésirables provoqués par les médicaments, leur association avec une autre substance incompatible, l’incompatibilité avec le profil du patient ou une erreur de prise. D’ailleurs, la société sensibilise de plus en plus les citoyens au caractère potentiellement dangereux des médicaments avec l’apparition, depuis près de 10 ans, des pictogrammes sur les boîtes de médicaments, les notices d’usage mentionnant les associations à risque et effets indésirables…

Mes amis, mes amours, mes médicaments

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Avec l’âge, le métabolisme perd en efficacité et l’élimination des médicaments par le foie, le cœur ou les reins se fait non sans difficultés.

  • Le foie : assure le retraitement des déchets et par conséquent, leur élimination.
    D’après une étude écossaise publiée dans le « British Journal of Clinical Pharmacology » : un surdosage de paracétamol (aussi infime qu’il soit) comporterait des risques d’intoxication pour le foie.
    « En France, le paracétamol est la première cause d’indication de greffe hépatique en raison d’une hépatite aiguë grave. » souligne d’ailleurs le Pr Dominique Larray, hépato-gastro-entérologue du CHU de Montpellier.
  • Les reins : permettent de filtrer le sang. Avec le temps, ces deux organes éprouvent des difficultés à éliminer les déchets.
    « Les Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont responsables de 7% des insuffisances rénales aiguës, soit une proportion très importante » rappelle le Docteur Brigitte Lantz du service néphrologie à l’hôpital Necker à Paris.
  • Le cœur : assure la circulation du sang et donc sa régénération.
    Une étude anglaise du « British Médical Journal », publiée en 2005, tend à prouver que la prise régulière d’ibuprofène (Advil, Nurofen…) augmente le risque d’infarctus de 24%.

Qui plus est, l’accès aux médicaments sans ordonnance octroie le droit aux patients de pratiquer « l’automédication ». Bien que cette pratique soit avantageuse dans la mesure où elle désengorge les cabinets médicaux et responsabilise les citoyens vis-à-vis de leur santé, ce sentiment de proximité avec la médecine n’est toutefois pas sans risques. En effet, la médecine regorge de complexités qui ne sont pas à la portée de tous et, l’automédication risque d’aggraver une pathologie à partir du moment où elle retarde le diagnostic d’un expert.

« 50% des traitements délivrés sans ordonnance sont inefficaces, mais non dénués d’effets indésirables » confie Jean-Paul Giroud, Pharmacologue, membre de l’Académie de médecine et de la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM) à l’Agence du médicament

A chaque problème, sa solution.

médecin et senior

Une mutation des mentalités des médecins comme des patients s’impose. D’une part, les français ont tendance à prendre trop de médicaments inutilement et d’autre part, les spécialistes les confortent dans l’idée que c’est une démarche judicieuse en prescrivant des ordonnances interminables. L’idéal serait donc, du côté des médecins, d’effectuer un tri dans la posologie des médicaments et ne conserver que les indispensables. Ce tri dépend de plusieurs facteurs tels que : l’âge du patient, son état psychologique et physiologique… Aussi, il faut envisager de suspendre temporairement ou définitivement les médicaments à but préventif comme c’est le cas des antihypertenseurs, par exemple. Du côté des patients, il est essentiel de ne plus se conforter dans ses petites habitudes en réutilisant les anciennes ordonnances. Faire usage des prescriptions épurées est une démarche bien plus sage !

 

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